Il n’est pas si facile de transporter une toile de Picasso sans se faire repérer. Tête de jeune fille, une œuvre estimée à 25 millions d’euros peinte par le maître en 1906, a été saisie par la douane française en Corse. Cela fait trois ans que le propriétaire de l’œuvre, Jaime Botin, riche héritier de la banque Santander, tentait d’obtenir le droit de sortir la toile du territoire espagnol. En 2012 déjà, il avait essayé de l’exporter à destination de Londres pour le vendre chez Christie’s.

Jeudi dernier, le riche banquier, propriétaire de l’œuvre depuis 1977, a déposé une demande d’autorisation de sortie pour Tête de jeune fille à destination de la Suisse. C’est dans un bateau accosté sur le port de Calvi en Corse que l’œuvre a été découverte par la douane française, qui a raconté l’affaire dans un communiqué relayé par l’AFP. Les douaniers se sont rendus à bord du navire transportant le tableau et, selon leurs dires, ont réclamé les documents “relatifs à la situation du tableau.” Le banquier Jaime Botin n’était pas à bord. “Le capitaine du navire n’a pu présenter qu’un document d’évaluation de l’oeuvre ainsi qu’un compte rendu de jugement rédigé en langue espagnole” ont confirmé les représentants de la douane.

Le ministre de la culture José Ignacio Wert avait jugé en 2012 le tableau comme étant un “trésor national espagnol” inexportable. Tous les rapports confirment qu’il s’agit d’une œuvre rare datant de la période dite de Gósol, annonciatrice du cubisme. Une influence majeure sur toute la peinture du 20ème siècle et une pièce unique sur le territoire espagnol. Ce jugement du ministère avait été réitéré par voie administrative en juillet 2013 en s’appuyant sur les rapports du conseil de classification, d’évaluation et d’exportation de biens du patrimoine historique espagnol, avant d’être confirmé par l’Audience nationale espagnole en mai dernier.

En 2013, Botin s’était défendu en disant que, selon lui, l’oeuvre n’était pas sur le territoire espagnol mais à bord du yacht Alix battant pavillon britannique, amarré à Valence. Il avait aussi avancé que le tableau appartenait à une société dont il est actionnaire, Euroshipping Charter Company Ltd. Ces deux arguments ont été rejetés par la justice espagnole.

Art Market Monitor, sous la plume de Marion Maneker, souligne le fait qu’il est beaucoup moins facile que l’on pense de faire voyager des oeuvres de grande valeur d’un pays à l’autre et que ces mouvements s’accompagnent de formalités légales très complexes. La France attend, pour le moment, la prochaine démarche de l’Espagne pour récupérer le tableau.

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