On avait découvert Gareth Nyandoro dans les allées d’Art Paris Art Fair. Son œuvre Kuguruguda Stambo (Hypnotic Lollipop Eaters), grande toile mêlant couleurs et lacérations, qui s’étendait du mur au plancher, attirait l’œil sur le stand de sa galerie londonienne Tiwani Contemporary. Guillaume Piens, le directeur de la foire, nous le promettait alors : on n’avait pas fini d’entendre parler de cet artiste zimbabwéen de 35 ans.

Promesse tenue puisque l’artiste propose au Palais de Tokyo (jusqu’au 10 septembre prochain) sa première exposition parisienne, résultat de sa résidence SAM Art Projects. Chaque année, l’association SAM Art Projects propose une résidence à un artiste, qui se termine par une exposition en forme de carte blanche au cœur du célèbre musée parisien. “Notre but, explique Jessie Charbonneau, directrice de SAM Art Projects, c’est de présenter des gens comme Gareth : très connus chez eux mais presque inconnus en France.” C’est ainsi que Marie-Ann Yemsi, commissaire d’exposition fraîchement débarquée au comité de SAM Art, a proposé le nom de Gareth Nyandoro.

Ce dernier s’est vu donc vu offrir une résidence au terme de laquelle il a installé Stall(s) of fame, une exposition qui mêle une réflexion sur sa technique artistique et un hommage à de grands footballeurs venus d’Afrique pour jouer en Europe.

Couches de papiers

Pour son exposition, Gareth Nyandoro a su habiter l’espace proposé par le Palais de Tokyo en installant d’immenses œuvres en papier dans des caisses de bouquinistes. L’un de ces travaux représente des maillots de footballs tandis qu’un autre montre les visages brodés de certains joueurs célèbres.

“Gareth Nyandoro a une technique prodigieuse, qu’il est le seul à utiliser”, explique Jessie Charbonneau. “Il travaille sur du papier épais imprégné d’encre dont il lacère et arrache certaines couches”. Le résultat, c’est un travail saisissant sur la couleur et sur la matière, que l’artiste compare volontiers au processus de la gravure appliqué à d’immenses surfaces.

Ce qui l’intéresse, ce ne sont pas que ces couches successives de papier mais plutôt les strates de sens auxquelles il réfléchit dans ses œuvres. Lorsqu’il parle de son travail, chaque idée en amène une nouvelle et chaque image fait naître une nouvelle réflexion. C’est ainsi qu’il a imaginé, au jour le jour, cette carte blanche.

Gareth Nyandoro

Gareth Nyandoro, Stall(s) of fame au Palais de Tokyo

Stall(s) of fame lui a d’abord été inspiré par les marchés aux puces parisiens et par les étalages des bouquinistes qu’il a découvert en se baladant sur les quais de Seine et qui lui ont donné envie de présenter ses œuvres dans les célèbres boîtes vertes. L’agencement, l’architecture et la vente sont trois sujets qui traversent son œuvre. “À Paris, et notamment aux Puces de Clignancourt, j’ai vu une manière particulière d’arranger les stands, explique-t-il. Le marché africain est situé autour du marché couvert, comme une barricade.” Partant de cette idée, il a décidé de les mêler à la vision du football, en Afrique et en Europe. “Je me suis ensuite intéressé à la manière dont les marchés arrangent les produits, et notamment les images liées au football, continue-t-il. Puis j’ai pensé à ce sport, à la manière dont il est arrivé en Afrique. Dans sa forme, le marché me fait aussi penser au stade. Tous ces liens m’ont intéressés. Il y a beaucoup de couches différentes de sens lorsqu’on s’intéresse au football. C’est la raison pour laquelle j’aime traiter des sujets populaires.” Le dernier niveau de sens est très simple. “Je veux avant tout rendre hommage aux joueurs africains” conclut-il.

L’artiste sur le marché

En pensant aux marchés, aux bouquinistes et aux puces, il a bien sûr imaginé un autre parallèle intéressant. “Moi-même, en tant qu’artiste, je me positionne sur un marché” explique-t-il. “Je suis à vendre, en quelque sorte.” Exposé à la Biennale de Venise en 2015, représenté par deux galeries à Londres et en Afrique du Sud, il sait que son travail est en train de gagner une renommée internationale. SAM Art nourrit pour lui de grandes ambitions et Jessie Charbonneau espère qu’au milieu de ceux qui viendront voir son exposition, un galeriste français puisse jeter son dévolu sur cet artiste plein de promesses.

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