Focus sur l’empreinte de Benoît Luyckx, sculpteur, à l’occasion de l’exposition « Hermès à tire-d’aile – Les mondes de Leïla Menchari » jusqu’au 3 décembre au Grand Palais (Paris).
Sollicité par des maisons aussi prestigieuses que Chanel, Hermès ou encore Moët et Chandon, l’essence même de la plupart de ses créations prend pourtant naissance au cœur de Dame nature ou de la nature humaine (et le torse en particulier, « siège de la respiration », du souffle de la vie…). Benoît Luyckx, artiste contemporain, (né en 1955) explore l’univers de la sculpture depuis quelques décennies, après une formation première à l’École Boulle et à l’École des Beaux-arts de Paris. Le sculpteur français d’origine belge a la particularité d’œuvrer au cœur même des carrières, avec une prédilection pour « le petit granit belge », autre retour aux sources. Fils d’un architecte, l’artiste voue un intérêt particulier aux lignes géométriques et plus précisément à l’harmonie des courbes.
Dompter le marbre, confronter les surfaces, se jouer des contrastes, générer le mouvement des formes, pulser l’élan de la matière, telle est son empreinte connue et reconnue à l’international.

NEWS OF THE ART WORLD : Pouvez-vous nous parler de l’exposition en ce moment au Grand Palais ?
BENOÎ
T LUYCKX : L’exposition est constituée de 8 tableaux et je présente l’une de mes sculptures en marbre blanc de Carrare dans celui qui m’est consacré. Leïla Menchari a toujours mis en valeur cette sculpture à différentes occasions mais il a fallu la restaurer puisqu’elle a beaucoup voyagé. Dans une approche de taille directe, j’utilise une disqueuse pour réaliser cette sculpture sous forme de vague. Par une mise en scène dépouillée, Leïla Menchari met en avant la magie de cette sculpture, née de l’idée de symboliser la mer, la plage, le sable…  Elle se rattache à ma période très baroque et lyrique. Cette dernière présentation est construite selon une grande épuration, matérialisée par le blanc. Ce travail offre un nouvel aspect et témoigne ainsi qu’Hermès évolue dans ses recherches.

Suite à un séjour aux États-Unis dans les années 1980, vous évoquez une de vos inspirations à travers l’architecture américaine…
À New-York dans les années 1980, je trouvais que l’architecture moderne était très rectiligne, il n’y avait pas énormément de courbes, il y avait notamment le World Trade Center…  J’ai donc imaginé des maquettes représentant davantage une architecture en courbes et en souplesse, vers des formes plus sensuelles et très épurées. Dans mon travail, j’ai fait aussi une recherche sur la symbolisation de l’architecture et sur la verticalité et l’horizontalité. L’horizontalité n’était pas rectiligne mais en ondulation tandis que j’abordais la verticalité par des sillages verticaux rappelant la fibre, l’herbe… Tous les végétaux qui progressent vers la lumière sont automatiquement à la verticale.

Les contrastes se démultiplient dans votre travail, entre la douceur de la forme et la dureté de la matière, le vierge et le travaillé, la rugosité et le lisse, la minéralité et l’organique, l’apesanteur et la légèreté, le mat et le brillant. Est-ce que le marbre fait office de lieu de réconciliation ou au contraire de différenciation ?
Ma sculpture, c’est mon langage de réflexion, qui conduit toujours à rechercher des textures, des états de surface différents et complémentaires. Il est vrai que j’aime beaucoup la pierre ou le marbre, dans le sens où c’est un produit à la fois naturel et initialement inerte. À travers la pierre, je transpose mes pensées. C’est une sorte d’aventure avec moi-même, une partie de vie, en exploitant au maximum les outils contemporains. On se donne un objectif mais il y a différents parcours, des surprises, des réflexions spontanées. L’expression finale peut être ainsi renchérie.

Vos œuvres oscillent entre la figuration et l’abstraction. Est-ce que vous considérez jouer avec cette frontière, la contourner ou la dépasser ?
Je dépasse la frontière mais quelque part, j’essaye d’aller plus loin dans l’expression de cette figuration. Elle peut être interprétée selon sa sensibilité ou selon son époque de vie. Je suggère assez souvent le corps à travers un volume qui est un peu éloigné de la forme mais qui, à travers ses subtilités, nous l’évoque. Pour exemple, je me suis aventuré à réaliser des bustes féminins, comme une femme sous la douche où l’eau ruisselle sur son corps. Puis, tout en réalisant cette sculpture, je me suis rendu compte que ça devenait comme un habillage, une robe. Une trop grande figuration peut être un piège, ça nous éloigne de l’émotion plus sensible, plus intellectualisée.

Outre un rapport physique et intellectuel à vos œuvres, votre travail fait également appel au sensible, lié à la féminité et à Éros qui semblent séduire les maisons de mode ?
J’ai un vocabulaire de textures qui aide à exprimer ma pensée à travers la forme, avec ici l’idée d’évoquer une vague, comme une progression de houle plus sensuelle. Il y a cette partie qui jaillit comme une lame qui se fracasse contre un rocher. J’ai développé avec le disque des formes en ondulations. J’ai été influencé par des architectures cubiques annonçant une souplesse, une certaine douceur et très impressionné à l’époque par la visite de la Sagrada Familia, ce côté fantastique dans l’architecture de Gaudí. J’ai redécouvert aussi le travail de la courbe chez Jean Arp et Antoine Poncet dernièrement.

Revenons aux États-Unis et précisément au débat qui a eu lieu là-bas, entre d’un côté les puristes de l’art moderne et de l’autre, les tendances antimodernistes de l’après-guerre qui aspirent à rendre actif le spectateur. Comment jouent vos sculptures avec l’esthétique relationnelle ?
Quand on ne peut pas tourner autour, j’aime bien réaliser les sculptures sur leurs socles, pour mieux les appréhender (et que cela soit pratique), je les pose sur un socle avec un axe pivotant qui permette à l’œuvre d’évoluer selon la lumière. Le pivot, c’est la mobilité, c’est la vie. Et mon travail ne vit que grâce au spectateur.

Comment expliquez-vous la récurrence de la spirale ?
C’est grâce au disque que j’ai pu créer des sillons et représenter cette progression vers le haut dans une dimension ascensionnelle. Avant l’invention de la disqueuse, personne n’aurait pu la réaliser, même pas les Romains. C’est donc aussi la signature de notre époque. Il y aussi des spirales à l’horizontal, elles me donnent plus de variétés dans les angles de vue.
J’aime avoir une approche poétique de la lecture d’une forme, comme mon travail avec des ovoïdes en marbre, elles symbolisent une légèreté et le blanc s’y prête particulièrement pour parvenir à matérialiser l’impalpable…

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