À la veille de la journée internationale des droits des femmes, le 7 mars, les habitués de Wall Street se sont arrêtés devant la nouvelle habitante du quartier. Une statue de bronze représentant une petite fille tête haute, les mains sur les hanches. Réalisée par l’artiste Kristen Visbal, Fearless Girl a été commandée par le gestionnaire d’actifs State Street Global Advisors, en accord avec la ville de New York. Leur but, affiché dans un communiqué, étant de “célébrer les femmes à la tête des entreprises et d’encourager les prochaines générations à suivre ce chemin.” Pendant une semaine, il était ainsi prévu que la statue trône en face du fier Taureau de Wall Street, une sculpture en bronze de l’artiste Arturo Di Modica qui domine le parc de Bowling Green depuis la fin des années 90.

Placée stratégiquement en face du taureau, la jeune fille est très rapidement devenue un symbole. De nombreuses femmes et adolescentes sont venues se prendre en selfie devant l’œuvre. Dans l’Amérique de Trump et moins de deux mois après la retentissante Women’s March, qui a réuni des centaines de milliers de personnes à Washington pour militer pour le droit des femmes, Fearless Girl est devenu un symbole contre le sexisme. Des pétitions en ligne ont commencé à fleurir, demandant à ce qu’elle prenne ses quartiers à New York de manière définitive. Le maire de New York Bill de Blasio a accepté de laisser la statue jusqu’au début de l’année 2018, saluant la posture de cette jeune fille qui montre qu’il faut “résister contre la peur, prendre le pouvoir et trouver la force en soi pour prendre les bonnes décisions.”

Féminisme et capitalisme

Ces bonnes intentions n’ont pas empêché l’œuvre d’être critiquée, notamment par ceux qui n’y voient qu’une publicité pour State Street Global Advisors. Un “coup marketing”, comme l’explique Cara Marsh Sheffler dans le Guardian. “Le but du féminisme, c’est de défendre la décence humaine, écrit-elle, pas de modeler les jeunes femmes pour qu’elles ressemblent aux banques qui parient contre nous, qui nous diminuent et qui reçoivent l’argent du gouvernement pour s’en tirer.” Féminisme et capitalisme ne peuvent pas faire bon ménage à Wall Street.

Autre personne mécontente ? Arturo Di Modica, l’artiste du Taureau de Wall Street, qui y a vu une “insulte” à son travail, imaginé au lendemain du krach boursier d’octobre 1987. Lors d’une conférence de presse, ce dernier a expliqué que Fearless Girl brouillait injustement le message de son œuvre, qu’il voyait jusqu’alors comme un symbole de paix, de force et de pouvoir. Désormais, le taureau est une menace et l’artiste affirme que son droit d’auteur a été bafoué.

Un chien urinant installé aux pieds de la sculpture

Cette semaine, Fearless Girl s’est trouvée un nouveau détracteur. L’artiste new-yorkais Alex Gardega a installé, pendant quelques heures, un chient urinant à côté de la fillette. Une initiative très mal vécue par de nombreuses femmes, qui y ont vu un mépris du symbole véhiculé par l’œuvre. L’artiste s’est défendu en expliquant à CNN qu’il voulait défendre le Taureau de Di Modica. “C’est comme mettre quelque chose devant le David de Michel-Ange, estime Gardega. Je montre à Fearless Girl ce que ça fait d’envahir l’espace de quelqu’un.” Il s’est aussi dit gêné par le rôle moteur de State Street Global Advisors dans l’installation de la statue, dénonçant un “féminisme corporatiste.” Fearless Girl aura le temps de cristalliser d’autres passions puisqu’elle restera installée face au taureau jusqu’en février 2018.

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