Depuis une dizaine d’années, Art Dubaï multiplie les efforts pour faire des Émirats arabes unis l’un des centres névralgiques du marché de l’art. L’événement cherche l’équilibre parfait pour attirer les collectionneurs internationaux tout en mettant en avant la scène locale. Le mélange savant entre valeurs sûres et découvertes aide la foire à se distinguer des nombreuses concurrentes qui voient le jour chaque année. Du 15 au 18 mars, Art Dubaï accueillera ainsi 93 galeries issues de 43 pays.

Cette année, l’événement compte un nouvel atout avec sa nouvelle directrice Myrna Ayad, critique d’art et consultante, qui compte mettre sa connaissance du marché et de la scène locale au service de la onzième édition de la foire. Nous lui avons posé quelques questions sur ses ambitions pour cet événement international.

NEWS OF THE ART WORLD – Vous dirigez Art Dubaï pour la première fois après avoir écrit sur l’art pendant des années. En quoi cette première expérience vous a-t-elle été utile pour appréhender ce poste ?

Myrna Ayad – Tout ce que j’ai appris ces quinze dernières années m’a été très précieux. Cela m’a donné l’opportunité d’être le témoin des changements qui ont eu lieu dans les milieux de l’art et de la culture, non seulement au sein des Émirats arabes unis mais aussi à une échelle internationale.

Ma connaissance des pratiques artistiques me permet de contribuer au programme d’Art Dubaï tout au long de l’année. Je peux aussi bien participer à l’organisation des colloques sur l’art moderne qu’aider des artistes et des commissaires d’exposition à monter un projet.

Sous ma direction, j’aimerais que la foire ait une portée de plus en plus internationale, tout en mettant l’accent sur la pédagogie et l’aide à la communauté. Je voudrais aussi qu’elle soit une vraie plateforme pour découvrir l’art du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et de l’Asie du Sud. J’ai toujours vu Art Dubaï comme le centre névralgique de la scène artistique régionale et je voudrais qu’il devienne un rendez-vous immanquable dans le calendrier des collectionneurs.

L’année dernière, dans une interview donnée à Artnet, l’ancienne directrice d’Art Dubaï Antonia Carver disait que l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Asie centrale et du Sud n’étaient pas “représentés dans l’art de manière équitable”. Est-ce que vous pensez que cette situation évolue ?

Je suis tout à fait d’accord avec elle pour dire que ces régions ne sont pas assez représentées dans l’art aujourd’hui. Cependant, je suis ravie de voir que les choses sont en train de changer grâce à des projets et des initiatives qui voient le jour partout dans le monde. Art Dubaï est un endroit privilégié pour l’art de ces régions et la foire a permis de le faire connaître à des musées, des commissaires d’exposition et des collectionneurs depuis onze ans. À travers nos programmes, nous réfléchissons justement à ces notions de sous-représentation et nous essayons d’y remédier.

Comment décririez-vous la scène locale aujourd’hui ?

Il y a dix ans, il n’y avait qu’une poignée de galeries à Dubaï. Aujourd’hui, ce chiffre a considérablement augmenté. Je suis ravie de voir que la scène locale a vraiment progressé.

Art Dubaï a une portée internationale. La semaine de la foire, plus de 350 événements ont désormais lieu dans la région de Dubaï, Charjah et Abou Dabi. Tout le pays peut ainsi célébrer l’art et la culture au mois de mars.

Vous consacrez une section d’Art Dubaï aux artistes modernes des pays du Moyen-Orient. Est-ce une manière de montrer un pan de l’histoire de l’art qui reste méconnu ?

Art Dubaï Modern existe depuis 2014 et c’est en effet la seule plateforme au monde dédiée aux artistes modernes du 20ème siècle qui ont travaillé en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie du Sud. Cette section de la foire présente des œuvres de qualité muséale. Nous avons joué un rôle important pour la reconnaissance de ces artistes.

Cette année, 15 galeries participent à l’édition et nous inaugurons un colloque consacré à l’art moderne.

Art Dubaï

The War, Mamdouh Ammar, 1960 © The artist and ArtTalks Eygypt Gallery

Comment le marché de l’art a-t-il évolué à Dubaï ?

La croissance du marché a suivi celle de la foire. En 2007, l’événement accueillait 40 galeries pour sa première édition et comptabilisait 8000 visiteurs. En 2016, Art Dubaï a reçu 90 galeries pour 27 000 visiteurs. De la même manière, en 2007, la ville comptait 7 galeries. Aujourd’hui il y en a 45, ainsi que deux maisons de ventes aux enchères. Elles sont surtout regroupées autour d’Alserkal Avenue. En marge, le Dubaï Design District est aussi en pleine croissance et une vraie communauté autour de la mode et du design est en train de voir le jour.

En tant que critique d’art, vous avez visité de nombreuses foires. Quels sont les défis auxquels elles doivent faire face aujourd’hui ?

Elles doivent avant tout rester pertinentes. En tant que foire internationale au milieu d’un calendrier de plus en plus rempli, nous devons absolument continuer à nous améliorer chaque année. C’est pourquoi nous faisons venir de nouvelles galeries et nous travaillons sur notre programme avec beaucoup de soin. Nous voulons vraiment offrir aux visiteurs locaux et internationaux quelque chose de nouveau chaque année. Art Dubaï a aussi su redéfinir le rôle d’une foire en participant activement au développement de la scène locale.

Quels seraient vos souhaits pour votre première édition ?

J’espère que le public de la foire en ressortira inspiré, éclairé avec le sentiment d’avoir découvert ou appris quelque chose et d’avoir rencontré des gens.

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