Le 21 septembre, l’art aborigène a fait son grand retour à l’occasion d’une vente organisée par Sotheby’s Londres. L’événement, supervisé par Tim Klingender, rassemblait 200 ans d’art australien. Il a rapporté 1,6 millions de livres sterling et a surtout marqué plusieurs records d’artistes notamment pour Michael Nelson Jagamara et Benedict Palmeiua Munkara. Une toile de Warlimpirrnga Tjapaltjarri, peinte en 2007, est devenue l’œuvre d’art aborigène la plus chère jamais vendue par un artiste vivant.

Le lot le plus convoité de cette vente était sans conteste Five Stories de Michael Nelson Jagamara. Peinte en 1984, la toile a doublé son estimation en s’arrachant pour 400 000 livres sterling. Comme de nombreux lots, l’œuvre provenait de la collection Gabrielle Pizzi, une galeriste disparue en 2004. Pizzi a dédié sa carrière à faire connaître les artistes aborigènes contemporains et à organiser des expositions autour de leur travail. Elle avait notamment mis en lumière le travail d’un groupe de peintres opérant dans le désert à Papunya, pratiquant le “dot painting” et s’inspirant de mythes ancestraux.

Déclin et renouveau du marché

Le déclin de la popularité de l’art aborigène avait été marqué en 2014 par la fermeture de la galerie que cette femme influente avait montée à Melbourne. Depuis 2008, le secteur était en difficulté. À l’époque, The Australian annonçait que les œuvres aborigènes avaient bel et bien disparu du marché de l’art haut de gamme. En cause ? Une abondance d’œuvres de qualité variable arrivées sur le marché, la crise financière de 2008, un taux élevé du dollar australien et une série de lois fédérales passées par le gouvernement qui avaient découragé les acheteurs. Les collectionneurs se sont donc éloignés de ce secteur et de nombreuses galeries spécialisées dans le travail de peintres comme Michael Nelson Jagamara ont ainsi été rayées de la carte : Hogarth Galleries, Marshall Arts… Ce marché, qui pesait 400 millions de dollars en 2007, s’est écroulé.

art aborigène

Warlimpirringa Tjapaltjarri, Untitled, 1959 © Sotheby’s

Depuis plusieurs mois, l’intérêt pour l’art aborigène est en plein renouveau. Les galeries renaissent de leurs cendres, les expositions se multiplient et des collections de grande qualité sont mises sur le marché. Dans un entretien accordé à Artnet, Damian Hackett de la maison de ventes aux enchères australienne Deutsche and Hackett expliquait que le secteur est en pleine expansion, notamment grâce à l’intérêt grandissant des collectionneurs venus d’Asie.

Symptôme de cette bonne santé au niveau international, en 2015, deux ans après la fermeture du département d’art aborigène de Sotheby’s Australie, Londres a organisé sa première vente dédiée à ces œuvres. Les bons résultats de cette année confirment la tendance. “Les prix incroyables atteints par ces œuvres aujourd’hui reflètent l’intérêt profond qu’elles suscitent partout dans le monde, a commenté Tim Klingender après la vente à Artinfo. Voir autant de collectionneurs internationaux enchérir sur ces travaux, et découvrir autant de nouveaux visages, nous montre que cet événement annuel londonien a un avenir radieux.”

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