Depuis juillet 2015, la grogne monte dans le marché de l’art en Allemagne. Les premiers à avoir tapé du poing sur la table ont été les artistes, de Georg Baselitz à Gerhard Richter. Qu’est-ce qui a mis le feu au poudre ? Un projet de loi défendu par la ministre de la culture Monika Grütters. La Kulturgutschutzgesetz (Loi de protection des biens culturels) devrait entrer en vigueur ces prochains mois. Désormais, pour qu’une œuvre estimée à plus de 300 000€ ou vieille de plus de 70 ans quitte le territoire, il lui faudra une licence d’export. Si cette dernière est considérée comme faisant partie du « patrimoine national », alors elle ne pourra pas quitter l’Allemagne. Une mesure qui laisse, selon les spécialistes, beaucoup de zones d’ombres, notamment sur la définition de la notion de « patrimoine national. » L’été dernier, Gerhard Richter affirmait déjà que cette loi était une véritable « atteinte à la liberté » et qu’elle allait faire beaucoup de tort aux artistes allemands.

Alors que la foire Art Cologne ouvre ses portes, le mécontentement se fait de nouveau entendre du côté des collectionneurs et autres marchands d’art allemands. Les galeristes ont notamment expliqué à The Art Newspaper qu’ils perdaient déjà des clients alors que la loi n’était pas encore rentrée en vigueur. Les acheteurs potentiels ont peur de ne pas pouvoir revendre les œuvres en dehors de l’Allemagne. « Personne n’amène de toiles en Allemagne actuellement, a confié le marchand d’art Michael Haas à The Art Newspaper. Ils ont plutôt tendance à les sortir du territoire. »

La peur de la Loi de protection des biens culturels, ajoutée à des taxes de plus en plus élevées, entraînent une atmosphère plutôt frileuse à Cologne. Dans une lettre ouverte, les organisateurs de la foire Art Cologne ont d’ailleurs souligné l’absurdité de la loi et ont affirmé qu’elle aurait un effet négatif « sur tout le paysage artistique allemand. » Daniel Hug, directeur de l’événement, a lui aussi exprimé son point de vue à Artnet. « Si cette loi passe, a-t-il expliqué, de nombreux collectionneurs et marchands d’art commenceront à exporter les œuvres des grands artistes. De nombreux collectionneurs privés ont commencé à stocker les œuvres visées par la loi en Suisse ou au Luxembourg. » Les prêts d’œuvres allemandes appartenant à des collections privées pourraient aussi devenir très compliqués.

Les spécialistes craignent un effet négatif sur l’ensemble du marché, au niveau international. Le premier bilan d’Art Cologne apportera peut-être un premier éclairage sur la situation du marché allemand.

Articles Similaires
Georg Baselitz

15 toiles de Georg Baselitz retrouvées par la police allemande

Les autorités allemandes ont annoncé cette semaine avoir récupéré quinze toiles et dessins volés de l’artiste Georg Baselitz. Un butin

Deutsche Bank

Un nouveau musée pour la collection de la Deutsche Bank

Selon Der Tagesspiegel, la Deutsche Bank prévoit d’installer sa collection dans un nouveau musée au cœur de Berlin d’ici 2018.

Ernst Ludwig Kirchner

L’Allemagne paie 1,2 millions d’euros pour garder une œuvre d’Ernst Ludwig Kirchner

C’est une restitution particulière qui s’est déroulée en Allemagne, autour d’une toile du peintre expressionniste Ernst Ludwig Kirchner, Le Jugement

Art Basel Hong Kong

Une cinquième édition d’Art Basel Hong Kong couronnée de succès

Tous les rapports le montrent : l’Asie est désormais l’un des centres névralgiques du marché de l’art. Ce qui fait

sotheby's double contemporary

Sotheby’s double la mise par rapport aux ventes contemporaines de 2016

Les craintes liées au Brexit semblent loin et Sotheby’s a continué sur la lancée de Christie’s (Voir Une soirée de

Pin It on Pinterest