Après l’article de The Art Newspaper de septembre concernant l’affaire judiciaire entre les héritiers d’Henri Matisse issus de Pierre, son plus jeune fils, et le marchand d’art parisien Jérôme Le Blay, une décision a été rendue par la Cour d’Appel de Versailles : les deux découpages faits par Henri Matisse, estimés ensemble à 4,5 millions de dollars, doivent revenir aux descendants de l’artiste.

Ces papiers découpés Palme blanche sur fond rouge et Escargot vert sur fond bleu ne sont que deux des centaines de dessins, gravures, gouaches et sculptures qui ont disparu des entrepôts parisiens gérés par la société Lefebvre-Foinet, connue pour ses fournitures d’art. Les œuvres avaient été déposées là en 1972 par Pierre Matisse.

En 1990, un bas-relief d’Henri Matisse présenté dans une vente aux enchères en France met la puce à l’oreille à la famille Matisse. Des recherches concernant la provenance de l’œuvre mènent à Josette Lefebvre, l’héritière de la société de fournitures d’art, et entraînent la restitution à la famille de onze sculptures, suivies de centaines d’autres œuvres, effectuée par ses propres enfants, son boucher et même la femme du boucher. Le marchand parisien Jérôme Le Blay prétend avoir acheté les découpages à la femme du boucher pour 136.000 euros dans les années 1960 mais il les a revendus à la société Rozven basée à Hong Kong, laquelle les a mis aux enchères chez Sotheby’s New York en mai 2008. Sotheby’s consulte alors un expert de Matisse, Wanda de Guébriant, pour l’authentification des œuvres et elle émet des doutes sur leur provenance. Quelques semaines plus tard, Georges Matisse contacte Sotheby’s pour revendiquer la propriété des découpages, ils sont alors retirés de la vente.

Une procédure judiciaire a été engagée entre Rozven et Georges Matisse au motif de l’annulation de la vente mais elle s’est conclue en 2010 par le jugement suivant : « Le refus de Rozven de donner la provenance des œuvres est seul responsable de l’annulation de la vente. » En 2017, un recours en appel met enfin un terme à la saga : les revendications de Rozven sont rejetées et Le Blay, qui dit avoir agi pour Rozven, doit rendre les découpages à la famille. D’autre part, le juge statue que les œuvres ont été détournées par Josette Lefebvre, décédée en 2014, et qu’elle les a cédées à Le Blay. On n’a pas de preuve que Le Blay ait été au courant de leur origine illégale, même s’il semble qu’il ait créé la société Rozven pour se protéger. Bien que Le Blay ou la famille Lefebvre ne soient pas inculpés, leur réputation est désormais entachée. Le Blay peut faire appel mais le verdict doit être suivi d’effet immédiatement.

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