La semaine dernière, l’avocat d’affaire international Jean-Jacques Neuer nous expliquait l’état du trafic d’art au Moyen-Orient (Voir Jean-Jacques Neuer, avocat : “Le trafic au Moyen-Orient est en gestation”).

Cette semaine, il revient sur un autre des enjeux du marché de l’art : les faux.

News of the Art World – Les faux ont toujours existé sur le marché de l’art, peut-on dire que c’est un problème qui s’intensifie ces dernières années ?

Jean-Jacques Neuer – C’est en effet une pratique très ancienne. Ce qui a changé, c’est que le marché de l’art a beaucoup évolué et que le monde entier s’est financiarisé.

Le crime suit l’argent et les affaires se sont forcément multipliées ! Représentant de très grandes successions d’artistes, je peux dire que ce sont sur eux que l’activité criminelle est la plus concentrée. Quitte à fabriquer des faux billets, autant que ce soit des billets de 500 et pas des billets 5 euros !

Les grandes maisons de ventes aux enchères investissent dans l’expertise scientifique, à l’image de Sotheby’s qui a acheté le laboratoire Orion Analytical. Avec les avancées techniques pour détecter les faux, cela ne devrait-il pas être de plus en plus difficile d’en produire ?

C’est la course du glaive et du bouclier. Bien sûr, cela va être de plus en plus difficile de faire des faux, mais cela va aussi être de plus en plus difficile de les détecter. Nous sommes passés à une gamme de criminalité supérieure.

Avant, nous nous appuyions sur l’étude des pigments anachroniques, nous regardions si tel blanc pouvait exister à telle époque… Cette analyse ne suffit pas. Je sors par exemple d’une affaire de faux où l’on a pris des tableaux d’époque et où on a accolé une fausse signature. Les pigments anachroniques ne donneront donc rien ! Tout se joue désormais sur la documentation. Or nous avons des faussaires qui nourrissent les dossiers auxquels on se réfère avec des faux documents de provenance. Il faut donc désormais des expertises sur les documents !

Sur quels éléments se base l’expertise pour déterminer si une œuvre est fausse ?

L’expertise peut être de trois ordres. D’abord, elle peut être scientifique, comme je l’ai dit précédemment. Il s’agit de voir quel pigment existait à quelle époque, de voir si en appuyant les pouces sur la toile ils s’enfoncent… Cela permet de dire qu’une œuvre est fausse, mais pas qu’une œuvre est authentique.

Il faut la compléter d’une expertise stylistique, par essence très subjective. On peut l’illustrer par la célèbre affaire Van Meegeren. Dans les années 30, ce dernier a fabriqué des faux Vermeer. À l’époque, en découvrant ces toiles, le monde de l’art les a saluées. Des spécialistes sont allés jusqu’à dire que ces toiles horribles montraient plus de maturité que les œuvres connues de Vermeer ! On a considéré que les toiles du peintre exposées dans les musées étaient des œuvres de jeunesse. Van Meegeren s’est même vu disputer un tableau entre Hitler et Goering. Ce n’est qu’à la fin de la guerre, lorsqu’on a voulu le fusiller pour collaboration, qu’il a avoué avoir fait des faux et que la supercherie a été dévoilée !

La troisième expertise a désormais les faveurs des enquêteurs que nous sommes devenus. Il s’agit d’un travail historique qui étudie la provenance de l’œuvre. Évidemment, les faussaires l’ont compris et ils fabriquent des provenances de plus en plus complexes ou invérifiables.

Les affaires de faux affectent beaucoup le marché. J’ai déjà porté plainte pour une affaire de faux de plus de deux milliards d’euros. Lorsque l’on sait que le marché total pèse 60 milliards d’euros, on se rend compte de l’ampleur du problème !

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