Philippe Dauvergne, CEO et Membre du Conseil d’Administration, le compare à un château fort. Situé à la sortie de l’aéroport de Luxembourg, le Freeport ne ressemble pas vraiment à une construction médiévale mais plutôt à une forteresse moderne de 22 000m2, un bloc infranchissable de quatre étages, entouré de barbelés, dans lequel sont protégés des biens d’une grande valeur : des métaux précieux, des grands millésimes mais surtout des œuvres d’art. Ce modèle de sécurité a été fabriqué spécialement pour elles.

Le Freeport a ouvert ses portes en 2014 au Luxembourg, un positionnement stratégique au cœur de l’Europe. Depuis son inauguration, l’établissement a dû se battre contre les scandales qui ont frappé son investisseur principal Yves Bouvier. Cela n’a pas empêché le port franc de tout mettre en œuvre pour rivaliser avec ses homologues de Genève ou Singapour. Sécurité, transparence, service client : Philippe Dauvergne veille à mettre tous les atouts de leur côté. “Ce ne sont pas les avantages fiscaux (l’exemption de TVA, ndlr) que viennent chercher les collectionneurs, explique le CEO. Ce sont plutôt toutes les technologies que nous avons mises en place pour assurer la sécurité de leurs biens.”

Anticiper les risques

Et ces technologies sont nombreuses. Visiter le Freeport du Luxembourg, c’est découvrir un processus complexe qui commence dès l’arrivée du camion transportant les biens jusqu’à leur lieu de stockage. De la liste du personnel autorisé à fouler le sol en béton du bâtiment jusqu’à la température des sas (réglée à 21 degrés), tout est méticuleusement contrôlé.

Les allers et venues sont tout aussi réglementés. “La présence humaine est anormale, explique Philippe Dauvergne. L’important, c’est la conservation des œuvres”. Les opérateurs, des professionnels de l’art (courtiers, marchands…), doivent avoir une entreprise commerciale avec un siège effectif pour pouvoir y opérer. À chaque entrée de marchandise, la procédure est très stricte : l’arrivée du camion est prévue 24 heures à l’avance, l’identité du chauffeur est connue, tout est contrôlé et minuté. Un système de stéthoscopes, accrochés au mur du premier sas a même été mis en place pour détecter d’éventuels battements de cœur dans le camion. Des miroirs sont placés au plafond et plus de 300 caméras ont été installées pour vérifier les moindres faits et gestes à l’intérieur du bâtiment.

Les pièces de stockages, qui accueillent les œuvres et mesurent entre 100 et 400m2, sont tout aussi sécurisées. Tout y est prévu : du tremblement de terre à l’incendie. Comme partout ailleurs dans le bâtiment, seules les personnes munies d’un badge peuvent y accéder. Il vaut mieux savoir où est son box : ils ne sont pas numérotés selon une logique d’étage, mais aléatoirement, pour compliquer la tâche.

Freeport Luxembourg

L’intérieur du Freeport à Luxembourg © LE FREEPORT Luxembourg

“Notre but, explique Philippe Dauvergne, c’est d’aller toujours plus loin pour prévoir le coup d’après. Nous sommes dans une démarche proactive en matière de sûreté.” Le Freeport prévoit ainsi de poser des câbles spéciaux dans la cour qui jouxte le premier sas, afin d’anticiper une éventuelle attaque à l’hélicoptère. “Tout est fait pour préserver la marchandise”, affirme le CEO.

L’importance de la transparence

Le Freeport fait partie de la WFZO, l’organisation mondiale des zones franches. “Toutes les zones franches sont différentes, explique Philippe Dauvergne. Chez nous, on ne peut rien cacher. Tout est organisé pour que l’état soit au courant de tout.” L’équipe du Freeport n’est pas au courant du contenu des camions qui arrivent chaque jour. En revanche, la douane et les opérateurs en sont informés et ils vérifient la documentation des œuvres d’art, à leur entrée et à leur sortie.

Cela permet notamment d’éviter le stockage d’œuvres d’art volées ou spoliées. La douane peut vérifier sur une liste mise à jour chaque jour si aucune œuvre de ce type ne circule au sein du Freeport. Philippe Dauvergne et son équipe cherchent ainsi à redorer l’image des ports francs, qui ont pu être associés par le passé à des trafics d’œuvres volés.

Développement commercial

Le Freeport de Luxembourg n’ambitionne pas seulement à devenir un havre de sécurité en plein cœur de l’Europe. Son équipe cherche aussi à développer de nouvelles pistes commerciales. La visite se termine dans une grande salle baignée de lumière, dont le mur principal dévoile une immense œuvre de l’artiste portugais Vhils. C’est là que certains clients prestigieux organisent des événements privés, et que les opérateurs peuvent présenter leurs œuvres, dans des showrooms privés élégants. Ils bénéficient aussi d’un grand atelier de restauration.

À long terme, le Freeport a vocation de devenir plus qu’un lieu de stockage haut-de-gamme. Il vise à encourager les interactions entre les différents acteurs qui s’y croisent. Sans jamais rien sacrifier à la discrétion et la sécurité, particulièrement prisées par ses clients.

Articles Similaires
Picasso-Bouvier

Affaire Bouvier: la fille de Jacqueline Picasso entre dans la danse

Rappel des faits : le 25 février 2015, Yves Bouvier, homme d’affaires suisse propriétaire de Natural Le Coultre, principal exploitant des

Dmitry Rybolovlev, Yves Bouvier

Affaire Bouvier : suite et poursuites

Poursuivi depuis quelques temps pour escroquerie par le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, Yves Bouvier a finalement décidé de se désengager

Pin It on Pinterest