Que reste-il du Printemps Arabe ? Les artistes du Moyen-Orient ont-ils les moyens et la possibilité de s’exprimer librement dans leurs pays ? Peuvent-ils nous aider à mieux comprendre ce qu’il se passe dans la région ? À établir un dialogue entre nos pays ? À créer des synergies entre l’Europe et le Moyen-Orient ?

Autant de questions qui ont été abordées lors de la seconde conférence Thinkers & Doers sur les renouveaux du Monde Arabe organisée aux émirats les 19 et 20 mars dernier. Forte du succès du premier Forum International sur le sujet, organisé à l’Institut du Monde Arabe mi-janvier, l’équipe de T&D a voulu prolonger le débat dans le cadre de la Dubaï Art Week et continuer à diffuser des idées positives pour montrer qu’il y a des choses à combattre mais aussi des projets à soutenir au Moyen-Orient.

Une tradition millénaire

Il n’y a pas si longtemps, la plupart des gens ne comprenaient pas pourquoi les émiratis dépensaient autant d’argent dans la culture. Que ce soit pour construire de grands musées dans leurs pays, écrins fabuleux pour l’art d’hier et d’aujourd’hui, ou pour promouvoir l’art de leurs pays. Tous pensaient, à voix haute ou basse, que les riches pays du Golfe essayaient de s’acheter une culture comme on s’achète une conduite et de transformer leurs terrains sablonneux en parc d’attraction pour s’assurer une rente quand les ressources naturelles de ces pays viendraient à s’appauvrir.

La plupart des gens ignorent que les traditions artistiques arabes sont multiples et que l’art contemporain iranien, égyptien ou même irakien puise son inspiration dans ses racines millénaires. Il a fallu beaucoup de temps et de patience aux artistes de la région MENA pour faire entendre leur voix et attirer l’attention des grands musées occidentaux. Mais l’idée a fait son chemin et il faut saluer des initiatives comme celle de Massimiliano Gioni qui a présenté un florilège particulièrement intéressant d’œuvres d’artistes de la scène moyen-orientale dans l’exposition qu’il a organisé au New Museum l’été dernier, Here and Elsewhere.

Pourquoi promouvoir l’art et la culture au Moyen-Orient

Comme l’a très justement rappelé H.E. Zaki Nusseibeh, conseiller du Président des Émirats Arabes Unis, jeudi après-midi à Art Dubaï, la liberté d’expression est un trésor que les acteurs du Monde Arabe doivent protéger. Lorsque le Sheikh Zayed, surnommé « le sage des Arabes », a fondé la fédération des Émirats arabes unis, il avait une véritable vision pour la région. Il souhaitait renforcer les liens avec les pays occidentaux et travailler avec eux dans un but commun. Il avait compris que les Emirats étaient un petit pays et que les émiratis ne pouvaient pas vivre dans leur coin ; qu’ils devaient construire des ponts entre les régions et les peuples. Et c’est justement le projet du Louvre Abu Dhabi et du Guggenheim Abu Dhabi.

Pourquoi exporter le Louvre ?

Quand la décision de faire le Louvre Abu Dhabi a été prise, de nombreux conservateurs et de nombreux journalistes se sont élevés contre le projet, pensant que l’État français ne souhaitait exporter le Louvre que dans un but rémunérateur. Mais l’histoire du Louvre Abu Dhabi n’est pas histoire d’argent, c’est avant tout une histoire d’échange. Selon les propres mots de Jack Lang, actuel président de l’Institut du Monde Arabe, le Louvre Abu Dhabi sera un « Louvre révolutionnaire ». Un musée universel où seront établis de nouveaux rapports entres les œuvres et entre les époques. Ce ne sera en aucun cas « une copie du Louvre parisien » mais « un musée qui racontera l’histoire du genre humain à travers sa collection et mettra en avant des cultures qui ont coexisté pacifiquement à une époque pas si lointaine. »

Il est d’autant plus important de rappeler à tous que le Moyen-Orient a été un foyer artistique de premier ordre et que la culture arabe a, avant d’être largement perçue comme ténébreuse, été celle des lumières. Alors que des symboles culturels comme le Musée du Bardo de Tunis sont attaqués, il est plus que jamais urgent pour les pays du Golfe de montrer la voie.

L’éducation est la clé

Après l’attentat du Musée du Bardo, comme après celui de Charlie Hebdo, nous nous demandons tous ce qu’il faut faire pour empêcher que ce genre d’évènements tragique ne se reproduise.

Pour H.E. Zaki Nusseibeh, la réponse est indéniablement dans l’éducation. Tout mouvement idéologique ou religieux peut être détourné et utilisé comme instrument de pouvoir. « Parce qu’ils ne savent pas que la culture islamique peut être celle du partage et de l’ouverture vers l’autre, les jeunes sont trop facilement séduits par les discours extrémistes. »

On dit que l’art est le meilleur moyen d’apprendre quelque chose à un enfant. Tous les enfants, dès le plus jeune âge, appréhendent le monde à travers des images et s’expriment à travers des dessins. Bien plus qu’à travers des écrits. C’est la raison pour laquelle nous devons absolument l’utiliser pour faire passer le bon message. Celui de la tolérance, de l’ouverture d’esprit. C’est un travail de longue haleine que les émiratis ont déjà commencé à entreprendre.

Aujourd’hui, 23% de la population mondiale est musulmane. En Europe, l’islam est la seconde religion après le christianisme. Ces problèmes n’affectent donc pas seulement le Monde Arabe mais le monde entier. Il faut que nous comprenions les jeunes pour les éloigner des idéologies fascistes, de Dahesh et d’Isis.

 

 

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