Le samedi 18 février, à bord de la station spatiale internationale, Thomas Pesquet a réalisé une petite prouesse en mettant en place la toute première création artistique dans l’espace. Par le passé, des œuvres avaient déjà été emmenées dans les étoiles. Mais jamais un astronaute n’avait réalisé une telle performance. Pensée par l’artiste Eduardo Kac, qui cultive depuis le début de sa carrière une fascination pour la science, Télescope intérieur est une réflexion sur la place de l’homme dans l’espace. Thomas Pesquet a pu la réaliser avec des moyens très simples, qui tranchent avec la complexité de l’endroit où l’œuvre a été mise en place. Elle est composée de deux feuilles de papiers. Dans la première, le spationaute a découpé un “M”, avant de percer un trou pour former un “O”. Au centre de ce dernier, il a inséré une feuille roulée qui suggère le “I”. Ce “Moi” peut ainsi flotter devant lui.

“Eduardo a proposé, dans ce lieu très technique qu’est la station spatiale, une œuvre extrêmement simple et riche, s’enthousiasme le directeur de l’Observatoire de l’Espace du CNES (Centre national d’études spatiales) et astrophysicien Gérard Azoulay. C’est un objet qui permet de se percevoir soi-même dans l’espace, et qui n’existe qu’en apesanteur”. Pour concevoir ce petit moment de poésie, la performance a dû être traitée comme un projet spatial. Il a fallu demander son accord à Thomas Pesquet, faire un script, monter un dossier…

Une approche anthropologique de l’espace

La routine habituelle pour l’Observatoire de l’Espace qui tisse depuis le début des années 2000 des liens entre l’art et l’espace, entre poètes, plasticiens, auteurs, sculpteurs et scientifiques. Comment un artiste pourrait-il s’emparer de la venue de Gagarine à Ivry en 1963 ? Que proposerait-il en découvrant les images d’une simulation de mission sur Mars qui n’a jamais quitté le sol de la terre ? Penser à l’espace par le biais de ces histoires humaines, voilà l’approche qu’encourage Gérard Azoulay depuis les débuts de l’Observatoire de l’Espace.

Observatoire de l'espace télescope intérieur

La performance Télescope Intérieur, réalisée par Thomas Pesquet à bord de l’ISS d’après une idée d’Eduardo Kac

Le laboratoire arts-sciences du CNES s’organise autour de deux programmes. Il y a d’abord “Histoire culturelle de l’espace” qui, comme l’explique Gérard Azoulay, “fait émerger des éléments documentaires méconnus qui permettent d’appréhender l’aventure spatiale autrement” à travers les travaux de doctorants et de chercheurs. Le deuxième programme, “Création et imaginaire spatiale” se nourrit du précédent. Il invite artistes, écrivains et musiciens à travailler à partir de ces connaissances via des programmes de résidence ou des appels à projet. Chaque année au moment de Nuit Blanche, l’Observatoire propose ainsi un thème à des artistes, qui leur permet de se confronter à une approche plus anthropologique de l’espace, loin des images rendues populaires par les films de science-fiction. “Nous évitons les faits très connus, pour faire émerger de nouvelles histoires” résume le directeur de l’Observatoire.

Un festival sur les utopies

Les artistes choisissent tous des approches différentes de l’aventure spatiale. Bertrand Dezoteux, qui a été en résidence à l’Observatoire et a décroché le prix Audi Talents en 2015, a par exemple raconté le programme Mars 500 en utilisant des marionnettes. Le plasticien Bertrand Rigaux avec son projet Ciel s’est quant à lui intéressé à la couleur bleue et a pu embarquer une caméra sur un ballon du CNES. “L’espace permet d’approcher tous les aspects de notre monde, explique Gérard Azoulay. Le fait d’aller dans l’espace a modifié nos représentations et a modifié nos imaginaires.”

Audi Bertrand Dezoteux en attendant Mars

En attendant Mars de Bertrand Dezoteux à la galerie Audi Talents

Pour l’heure, l’Observatoire de l’Espace prépare le festival Sidération, qui se déroulera au sein du CNES du 24 au 26 mars et se concentre cette année sur les utopies. Une véritable fenêtre ouverte sur les nombreuses activités du département. L’occasion d’y découvrir un documentaire de Virgile Novarina consacré au projet Télescope Intérieur, le film de la performance réalisé d’Eduardo Kac, de nouvelles pièces de l’artiste, des vidéos de Bertrand Dezoteux, de Nicolas Montgermont, de Romain Sein… Les artistes y rencontreront des scientifiques du CNES. “Le projet du festival, résume Gérard Azoulay, c’est d’expérimenter. Tout le monde doit y tenter quelque chose de différent.” Rendez-vous est pris au CNES le week-end du 24 au 26 mars pour découvrir l’espace sous un nouveau jour.

Festival Sidération, du 24 au 26 mars 2017 au CNES, 2, place Maurice Quentin, 75001 Paris.

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