Depuis le mois d’octobre et jusqu’au 15 janvier, la villa Médicis rend hommage aux figures les plus marquantes du Prix de Rome. Supprimée en mai 68 et remplacée par une résidence d’un an au sein de la villa, cette célèbre distinction donnait lieu à un séjour de trois à quatre ans à Rome, durant lequel les artistes apprenaient à parfaire leur art et approfondissaient leur maîtrise technique.

Claude Goutin a fait partie de ces prestigieux lauréats, tout comme des artistes aussi illustres qu’Ingres, Fragonard ou Carpeaux. L’une de ses sculptures, représentant un corps d’homme, clot ainsi le parcours de cette exposition rétrospective auprès des œuvres de Balthus. La villa n’aurait pas pu trouver meilleur représentant puisque l’artiste, qui a aujourd’hui 86 ans, a été particulièrement bouleversé par cette résidence de trois ans en Italie, qui a donné un sens nouveau à son art.

Quand l’artiste part pour Rome en 1957, il a 27 ans. Ce sculpteur d’une grande maîtrise technique a alors fait ses classes dans la section du grand monumental aux Beaux-Arts de Paris aux côtés d’Alfred Janniot. Il y a appris à tailler la pierre, dans la grande tradition des “constructeurs”. Mais à Rome, il a une révélation. “Au départ, nous explique son galeriste Michel Giraud, Claude Goutin sculpte de manière plutôt traditionnelle. En Italie, il découvre les tuiles romaines. Il apprend que dans l’ancien temps, elles étaient moulées sur des cuisses de femmes, pour leur donner une forme légèrement conique. Il voit alors la tuile comme un bout de corps, une empreinte. En réemployant ces éléments, il voit une manière de se réapproprier des bouts de chair.” Claude Goutin commence alors à travailler avec ce matériau pauvre, pour faire renaître des corps d’hommes et de femmes. “Il fait partie de ces gens qui récupèrent des éléments et les utilisent comme un puzzle à l’envers pour en faire quelque chose de noble” explique encore Michel Giraud.

Claude Goutin

Vue des sculptures d’Alfred Janniot aux 350 ans de la Villa Médicis © Galerie Michel Giraud

Un coup de cœur immédiat

Toute sa vie, Claude Goutin explorera cette technique. Dès le début de sa carrière, il quitte Paris pour Metz, loin des modes et des sphères artistiques bourdonnantes. Il préfère se consacrer à son art et aux commandes d’œuvres monumentales que lui passe sa région d’adoption. Il réalise notamment une sculpture du marquis de La Fayette à Metz qui fait la fierté de la ville. De temps en temps, il monte à Paris. Et c’est en 2003, lors d’une exposition consacrée à Alfred Janniot dans la capitale qu’il rencontre Michel Giraud. Ce dernier tombe en admiration devant son travail, aperçu sur la couverture d’un livre. C’est d’ailleurs, selon le galeriste, l’un des miracles du travail de Claude Goutin : son œuvre sait provoquer des coups de cœurs. “Il faut dire que c’est l’un des derniers grands sculpteurs, analyse Michel Giraud. C’est une charnière entre l’art moderne et l’art contemporain.” Loin des plasticiens actuels, qui pour beaucoup commandent leurs œuvres à des ateliers, le travail de la matière est central à son art.

Ses sculptures, réalisée depuis la fin des années 50, explorent le corps humain à travers des grandes figures, qu’elles soient empruntées à la mythologie ou aux grands opéras qu’il affectionne. Claude Goutin n’a jamais cherché la notoriété, mais Michel Giraud la souhaite aujourd’hui pour lui. “On le montre en permanence, s’enthousiasme-t-il. Sa reconnaissance continue à grossir, même s’il mérite beaucoup plus.” Avec sa présence au sein de la rétrospective de la Villa Médicis, qui le couronne désormais comme l’un des artistes majeurs de ces 350 dernières années, Claude Goutin semble en bonne voie pour retrouver sa digne place dans l’histoire de la sculpture française.

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