Du 22 octobre 2016 au 5 mars 2017, la Fondation Louis Vuitton a exposé l’exceptionnelle collection Chtchoukine. Elle a remporté un énorme succès puisque plus d’1,2 million de personnes se sont pressées dans les salles du musée parisien pour découvrir plus de 278 chefs-d’œuvre de Picasso, Monet ou Gauguin.

La Fondation Louis Vuitton vient d’annoncer qu’elle s’apprêtait à exposer à l’automne 2020 une autre collection d’exception, celle de Mikhaïl et Ivan Morozov. Retour sur le parcours des deux frères russes.

Deux industriels russes

Les frères Morozov, nés en 1870 et 1871, sont issus d’une famille d’industriels très aisés. Ils s’intéressent à l’art très jeunes puisqu’ils prennent des cours de dessin et de peinture dès l’âge de quatorze ans, d’abord auprès d’Ivan Martynov, puis auprès du peintre Constantin Korovine.

Aucun des deux ne poursuivra une carrière d’artiste. Ivan reprend l’affaire familiale, qu’il fait prospérer, tandis que Mickhaïl fait des études d’histoire et se meut dans les cercles artistiques de Moscou.

Un intérêt pour l’art français

Mikhaïl Morozov voyage beaucoup et ramène des toiles des endroits qu’il a visités. Il développe notamment un goût particulier pour les peintres français d’avant-garde. Son frère Ivan partage son goût pour l’art européen. Tout comme Chtchoukine, les deux frères commencent à collectionner dès la fin du 19ème siècle.

Mikhaïl meurt à l’âge de 33 ans en 1903. Son frère reprend le flambeau et commence à acheter de nombreuses toiles dès 1907. Deux fois par an, il se rend à Paris pour le Salon des Indépendants et pour le Salon d’Automne. Il achète par le biais de marchands comme Paul Durand-Ruel ou Ambroise Vollard et ramène à chaque fois entre deux et dix toiles.

Des grands noms de l’art moderne

Mécènes et philanthropes, les frères Morozov achètent des toiles de Picasso, Matisse, Van Gogh, Gauguin, Monet, Renoir, Signac et de Cézanne, l’artiste préféré d’Ivan. La collection comprend des chefs-d’œuvre impressionnistes, fauves et modernes.

Une collection privée

Le but d’Ivan Morozov n’était pas de partager sa collection avec le grand public. Dans une interview donnée au Figaro à propos de l’exposition Chtchoukine, la commissaire Anne Baldassari expliquait cette différence majeure entre les deux collectionneurs russes : “Morozov a fait une collection particulière dédiée à sa propre délectation et à celle de ses proches, explique-t-elle, [alors] que Chtchoukine décide en 1907 de faire un musée qu’il ouvre au public dès 1908.” Pendant des années, Morozov garde sa collection dans sa villa moscovite.

Une collection enfin réunie

Suite à la Révolution russe, Ivan Morozov quitte son pays pour la France. Dans les années 1920, la collection Morozov sert, avec la collection Chtchoukine, à la création du Musée national d’Art moderne occidental. Après la Seconde Guerre mondiale, ses œuvres sont divisées entre le musée Pouchkine à Moscou et le musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg. L’exposition de la Fondation Louis Vuitton offre ainsi une chance rare de voir les œuvres réunies dans un seul et même endroit.

“Jusqu’ici, la collection de Chtchoukine était toujours liée à celle de Morozov, alors que ce sont des collections très différentes et que chacune mérite une présentation séparée” expliquait Marina Lochak, directrice du Musée des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou à Russia Beyond the Headlines en octobre 2016. L’exposition sera donc l’occasion de voir les différences et les similarités entre ces deux collections exceptionnelles.

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