Les galeries parisiennes et londoniennes s’accordaient à témoigner de ventes calmes, voire éteintes depuis janvier, et même à Frieze New York en mai les résultats avaient été mitigés, laissant penser que les collectionneurs américains attendaient les élections de novembre pour reprendre leurs achats. Cet adage a été détrompé à Art Basel, dont la superbe édition 2016 s’est ouverte mardi 14 juin aux invités First Choice et VIP. L’excellent niveau des œuvres présentées dès lundi soir au preview de la section Art Unlimited a donné le ton : les ventes des artistes qui y figuraient ont suivi, que ce soit pour l’indienne Mithu Sen dont le cabinet de curiosité vernaculaire a été vendu à une collection privée suisse (ses dessins étaient présentés par Chemould Prescott Road, Nathalie Obadia et Krinzinger dans la section principale), pour les œuvres de Kounellis redécouvertes par les collectionneurs chez Sprovieri, Continua et Almine Rech, ou pour l’installation de Paul Mc Carthy (Tomato head, 1994) acquise par une collection privée américaine. Le film m.A.A.d. (2014) de Khalil Joseph sur une musique de Kendrick Lamar est une des grandes révélations d’Unlimited, et son jeune réalisateur californien a déjà été repéré par les directeurs artistiques de la mode et du luxe.

Art Basel 2016

Mithu Sen, Museum of Unbelongings, 2012-2016. courtesy Chemould Prescott Road (Mumbaï) & Nathalie Obadia (Paris)

Dans les allées denses et riches de la foire principale (secteur Galleries), les nombreux ré-accrochages de stands entre mardi et mercredi (galeries König, Kukje, Gagosian, Cheim & Read…) témoignaient de ventes actives. Kamel Mennour avait remplacé les Camille Henrot, tous vendus, par une nouvelle série de Mohammed Bourouissa, et la très belle installation de Huang Yong Ping (partie de son exposition actuelle Monumenta) était réservée par une fondation privée. Le come-back du néo-expressionniste Julian Schnabel avec des toiles abstraites violettes pouvait laisser sceptique chez PACE, mais a manifestement trouvé preneurs puisque 3 des 6 toiles de la série étaient déjà vendues mardi après-midi à 375,000 dollars pièce. On préfèrera la puissante et énigmatique Licorne de David Altmejd, dont les trois éditions sont parties sans surprise chez Xavier Hufkens, ou les sculptures de Mark Manders et de Tomas Saraceno dans les galeries Zeno X et Tanya Bonakdar. Mardi soir, les nouvelles sculptures en marbre et cristal de Lalique d’Anish Kapoor chez Massimo Minini n’avaient pas encore été placées, mais on peut supposer qu’elles connaîtront le succès des globes miroirs dès que les collectionneurs fortunés se seront habitués à les voir. Pourtant ce ne sont (heureusement) pas toujours les œuvres les plus faciles qui se vendent : ainsi une peinture de Lee Lozano (1962) et la dernière série de Zoe Leonard cédées par Hauser&Wirth à des collectionneurs privés d’après artnet news.

Art Basel 2016


David Altmejd, La licorne (2016), courtesy Xavier Hufkens

Dans la section Statements, avec des solo-shows très curatés de jeunes galeries et artistes, l’étrange et ironique film de Mary Reid Kelley This is Offal (2016) a été acquis par le groupe Baloise pour le Mudam de Luxembourg, tandis qu’une fondation privée s’offrait le stand de Grey Noise (Dubaï), une seule installation de l’artiste chinois Lantian Xie sur la standardisation des lieux de transit internationaux. Une section rafraîchissante, presque trop restreinte (18 galeries) quand les galeries de Feature, l’autre section permettant de vraies découvertes, se trouvent disséminées dans le fond des allées principales. Il fallait donc se montrer curieux pour découvrir le stand de Frank Elbaz sur trois noms croisés de la Beat Generation, ou le mystérieux Portrait of Mr S. d’Anna Opperman chez Barbara Thum.

Art Basel 2016

Mary Reid Kelley, This Is Offal (2016), film. Image courtesy Arratia Beer (Berlin)

Les résultats plus que favorables de cette 47ème édition d’Art Basel montrent que même dans un contexte tendu, lorsque la qualité est au rendez-vous, les collectionneurs sérieux suivent. Un constat rassurant dans la profusion actuelle de foires et d’effets de mode.

 

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