Bien qu’il n’ait jamais entendu parler de café ni de Manhattan, il existe un lien inattendu entre l’ancien empereur romain Caligula et ces éléments essentiels de la vie moderne. Au 1er s. ap. J.C., Caligula avait l’habitude d’échapper au stress de ses fonctions impériales en se relaxant sur trois immenses bateaux qu’il avait fait bâtir et lancer sur le lac Nemi, à 30 km au sud de Rome. S’inspirant de la civilisation hellénistique, il les avait décorés luxueusement de colonnes et de mosaïques. Après son assassinat en 41, les navires ont été coulés et restèrent au fond du lac jusqu’au XXe s., quand Mussolini opéra un drainage et les renfloua. On récupéra les objets ayant survécu et on les exposa dans un musée construit spécialement pour l’occasion. Mais à la chute du régime fasciste, le musée a été incendié par les partisans italiens.

Récemment, selon le New York Times, l’une des mosaïques qui avaient été naguère présentées dans le musée a été découverte : elle servait de table de salon dans un appartement de Park Avenue à Manhattan ! Peut-on imaginer que 1970 ans plus tôt, l’homme le plus puissant du monde avait marché et même dansé sur cette table ?! Il apparaît que les propriétaires de l’appartement, Nereo et Helen Fioratti, ont acheté cette mosaïque en Italie dans les années 1960 à une famille de l’aristocratie, par l’intermédiaire d’un officier de police italien réputé pour récupérer l’art volé par les Nazis. On a pris conscience de l’origine de la mosaïque grâce à la publication d’une photographie dans un livre sur la passion de Caligula pour le porphyre, pierre rouge violacé employée dans la mosaïque en question. Malheureusement pour Helen Fioratti, la mosaïque avait été dérobée au musée avant qu’il ne s’embrase dans les années 1940, puis vendue illégalement en Italie jusqu’à ce qu’elle et son mari l’achètent et l’emportent à New York. « C’était un achat en toute bonne foi », affirme-t-elle lors d’une interview.

Une fois bien établi qu’elle provenait des bateaux de Caligula, elle a été confisquée par les autorités américaines et remise en grandes pompes au gouvernement italien le 19 octobre. Mme Fioratti n’a pas été inculpée de recel, elle ne s’est pas non plus opposée à la confiscation de la mosaïque. Elle déclare : « C’était notre objet préféré (…), on devrait me donner la Légion d’Honneur pour mon attitude conciliante. »

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