“Où sont-elles ?” C’est la question que pose l’association AWARE (Archives of Women Artists Research & Exhibitions) à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes. Du 8 au 12 mars, elle organise une dizaine de visites thématiques au Centre Pompidou ou au Musée d’Orsay qui permet de mettre en lumière le travail des femmes impressionnistes, photographes ou des figures féminines de l’art moderne. Une initiative qui a un double rôle selon la présidente d’AWARE Camille Morineau : “Nous voulons à la fois mettre les femmes artistes en avant dans les collections des musées, mais aussi souligner qu’elles y sont trop peu nombreuses.”

Pour ces visites, l’association a collaboré avec des directeurs de musée et un certain nombre de conservateurs et conservatrices, désireux d’explorer le sujet. “C’est plus difficile de montrer le travail d’une artiste femme que d’un artiste homme, souligne Camille Morineau. Il y a généralement peu d’informations donc cela nécessite un effort plus grand et des recherches plus poussées. Les femmes ont été aussi créatrices que les hommes, mais elles ont eu beaucoup plus de difficultés à créer parce qu’il fallait qu’elles s’occupent de leurs enfants, de leurs familles… Il était difficile voire interdit pour elles d’avoir une activité artistique. Comme elles n’ont pas pu faire la promotion de leur art, elles n’ont pas été vues, achetées ou collectionnées. L’histoire de l’art a de ce fait été écrite sans elles.”

Diffuser et créer des informations sur les femmes artistes

Ce constat, la présidente d’AWARE le dresse depuis plus de dix ans. En 2009, alors qu’elle travaille au Centre Pompidou, elle est la commissaire de l’exposition elles, qui réunit 150 femmes artistes. Un électrochoc. “J’ai découvert à cette occasion qu’on avait très peu d’information sur les artistes exposées, alors qu’elles faisaient partie de la collection. Il y avait peu de publications sur elle, elles n’avaient pas forcément eu de galerie… Or, quand on est conservateur, on a du mal à montrer des œuvres sur lesquelles on a peu d’information. C’est extrêmement pénalisant pour ces artistes.”

Elle quitte alors le Centre Pompidou et monte l’association AWARE, dont le but premier est de “diffuser et de créer des information sur ces femmes”. Grâce à un partenariat avec Les éditions des femmes créées par Antoinette Fouque, qui viennent alors de publier leur Dictionnaire universel des créatrices, elle commence un travail de titan pour constituer une base de données des femmes artistes d’Helena Almeida à Diane Arbus en passant par Jenny Holzer, Suzanne Valadon, Yoko Ono…

Camille morineau aware

Camille Morineau, présidente de l’association AWARE © Didier Plowy

Une histoire de l’art plus inclusive

La Fondation Chanel devient alors mécène fondateur et aide l’association à mener un travail académique, mais aussi à organiser des conférences et à trouver des partenariats avec les musées et les universités. Elles organisaient ainsi il y a quelques jours à Londres une table ronde autour des femmes collectionneuses. Depuis cette année, un prix AWARE vient quant à lui couronner une jeune artiste et une artiste confirmée.

Dans les prochaines années, Camille Morineau voudrait que l’association étende son travail aux artistes du monde entier. “Nous voulons aussi représenter des continents particulièrement compliqués comme l’Inde, l’Afrique, le Moyen-Orient, explique-t-elle. Là-bas il n’y a pas forcément de musées et d’institutions de recherche pour nous aider, il faut aller chercher à la source en tissant un réseau d’informateur et d’informatrices prêts à retrouver des archives de cette histoire perdue. C’est en accord avec une vision de l’histoire de l’art qui est plus inclusive, pas seulement sur la question des femmes, mais aussi sur celle d’autres continents.” Une exposition comme Qui a peur des femmes photographes, qui s’est tenue à l’Orangerie et au Musée d’Orsay en 2015, lui donne de l’espoir pour l’avenir. “Symboliquement, conclut-elle, il suffit de quelques personnes pour que les choses avancent dans le bon sens.” L’association continuera quant à elle à fournir tous les outils pour faciliter ce progrès.

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