Du 29 juin au 3 juillet se tenait au siège de l’UNESCO le deuxième volet de « L’art pour la paix », une initiative lancée en 2014 visant à attirer l’attention du grand public sur le rôle de l’artiste en tant que promoteur de valeurs positives en Afrique. Cette année, la Côte d’Ivoire était à l’honneur, Dominique Ouattara, première dame ivoirienne, ayant accepté d’être la marraine de l’événement qui rassemblait le travail de vingt-huit artistes venant non seulement de son pays mais aussi de treize autres comme le Cameroun, le Togo, le Sénégal, le Burkina Faso ou encore la République Démocratique du Congo. Une façon d’en apprendre plus sur la création contemporaine africaine, qui semble depuis quelques temps bénéficier d’un regain d’intérêt de la part des institutions internationales et des collectionneurs européens.

Preuve que les choses changent : il y a deux ans, l’Angola était le premier pays africain à recevoir un lion d’or à la biennale de Venise. Cette année, la direction artistique a été confiée à un commissaire d’exposition nigérian, Okwui Enwezor, et El Anatsui, ghanéen, a reçu un lion d’or pour récompenser l’ensemble de sa carrière. Ceci dit, même El Anatsui, Chéri Samba ou encore Seydou Keïta sont rentrés dans les plus grandes collections, « il y a encore beaucoup trop peu d’artistes africains cotés à l’international » souligne le commissaire de l’exposition, Fulgence Niamba.

Et il faut faire très attention à ne pas tomber dans des écueils quelque peu paternalistes qui voudraient qu’un artiste d’Afrique sub-saharienne soit forcément un autodidacte qui produit une œuvre qui « fait africaine ». « Aujourd’hui, les artistes voyagent, circulent. De nombreux africains vivent en diaspora. Et ce n’est pas parce qu’un africain a étudié ou même habite à l’étranger qu’il en a perdu son identité africaine. Les frontières de l’art contemporain ne sont pas les mêmes que celles de nos pays. On ne peut plus parler en termes d’africains, d’européens, d’américains » explique Fulgence Niamba. Il est vrai qu’on s’est souvent demandé s’il fallait ranger des artistes comme Kara Walker, Kehinde Wiley, Yinka Shonibare et Chris Ofili –dont l’une des toiles s’est vendue pour plus de 2 millions de pounds à Londres la semaine dernière (Voir Chris Ofili s’arrache chez Christie’s) dans la rubrique « art contemporain américain » et « art contemporain anglais » ou « art contemporain africain » tant leurs œuvres résonnent de leurs origines.

Quoiqu’il en soit, de nombreux spécialistes du marché de l’art contemporain voient dans l’art contemporain africain une potentielle opportunité de marché. Certains vont même jusqu’à dire que l’Afrique serait la nouvelle Chine. En d’autres termes, que ce qu’il s’est passé avec le marché de l’art chinois il y a quelques années pourrait bien se reproduire avec le marché de l’art africain. Que les africains vont eux-mêmes commencer à soutenir leurs artistes, ce qui va faire progressivement augmenter leurs cotes, jusqu’à ce que les occidentaux leur embraye le pas, commencent eux-aussi à collectionner l’art contemporain africain, aidant à ce que les prix d’un ivoirien ou d’un sénégalais s’alignent sur ceux d’un allemand ou un américain.

Pour Fulgence Niamba, même s’il y a encore peu de collectionneurs en Afrique sub-saharienne, l’homme d’affaire congolais Sindika Dokolo et Marie-Cécile Zinsou, la fille de l’économiste Lionel Zinsou et petite-nièce de l’ancien président du Bénin, étant certainement les plus visibles, le scénario est tout à fait envisageable. « Le seul problème, c’est qu’il n’y a pas d’appui des pouvoir publics ; la culture restant toujours le maillon faible des politiques africaines parce qu’elle ne rapporte pas à court terme. Il n’y a donc pas encore de musées d’art contemporain ni de collections publiques en Afrique sub-saharienne en dehors de l’Afrique du Sud. De l’autre côté, les collectionneurs ne sont pas fédérés. Ils pourraient nous aider à soutenir les cotes de nos artistes mais il n’y a pas de synergie entre eux. A moyen terme, il faut que plus d’artistes africains soient inclus dans les ventes aux enchères internationales pour qu’ils soient confrontés au marché. Ensuite, il faut aussi que des événements comme 1:54 continuent à se développer. Le fait qu’une autre foire exclusivement dédiée à l’art contemporain africain se lance en décembre à Paris (AKAA) est aussi un très bon signe. »

Heureusement, certains commencent à vouloir changer les choses, comme le ministre de la culture ivoirien Maurice Kouakou Bandaman, qui a de grands projets pour Abidjan. A suivre…

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