À quoi ressemblera le musée du XXIè siècle ? C’est une question sur laquelle planche une équipe missionnée par le ministère de la culture depuis le mois de mai 2016. Ce n’est pas par hasard que sa responsable a poussé les portes d’Art 42, le musée parisien dédié au street art qui a ouvert à l’occasion de la Nuit Blanche en octobre 2016. Ce lieu, qui a accueilli plus de 30 000 visiteurs depuis, fait partie des modèles à explorer pour repenser les lieux où l’on expose les œuvres d’art.

Art 42 est une institution d’un genre nouveau, à plus d’un titre. La visite est totalement gratuite (il suffit de réserver l’un des deux créneaux disponibles sur Internet), il est niché dans une école (l’école 42 de Xavier Niel, sacrée meilleure école de code au monde), il abrite une impressionnante collection (150 œuvres) et enfin il s’agit du premier musée gratuit et permanent de street Art en France. L’idée est née en 2013, de la rencontre entre deux projets : celui de Xavier Niel, patron de Free et celui de Nicolas Laugero Lasserre, collectionneur de street art, directeur de l’ICART et Président de l’association Artistik Rezo. Lorsque ce dernier entend parler de l’École 42, de sa gratuité et de sa grande ouverture, il se dit qu’il a trouvé l’écrin parfait pour accueillir sa collection.

“Je ne connaissais pas du tout Xavier Niel, se souvient Nicolas Laugero Lasserre. Mais je me suis reconnu dans ce qu’il voulait faire. Il souhaitait rendre le code accessible à tous, et moi je voulais rendre l’art accessible à tous. Nous avions une volonté commune de démocratisation.” C’est ainsi que le collectionneur est venu accrocher des œuvres dans les clusters (salles de travail dans lesquelles se trouvent les ordinateurs) de l’école. “Au lieu de faire venir des jeunes dans le musée, on fait venir le musée au cœur des jeunes” explique-t-il en riant. Les grands noms du street art (Banksy, JR, Shepard Fairey, Invader, Ernest Pignon-Ernest, Futura 2000…) côtoient les figures plus émergentes (Monkey Bird, Madame, Bault…). Œuvres politiques, dessins, grands formats poétiques et pochoirs cohabitent avec les rangées d’ordinateurs où les élèves de l’école codent sans relâche.

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MonkeyBird, Sans titre (série singerie oisive) 1-1, 2014 © Lignel Photographe Baptiste

Quelques artistes sont mêmes venus créer des œuvres en live, comme l’atteste le majestueux “Goldofuck” de l’artiste Pimax, énorme Goldorak tendant le majeur créé, selon les mots de Nicolas Laugero Lasserre, pour “souhaiter la bienvenue à Donald Trump le jour de son élection.” Depuis six mois, il ne se passe pas un jour sans qu’un artiste exprime son désir de rejoindre ce projet. Les œuvres in situ se multiplient, à l’instar du très beau travail réalisé par le collectif Monkey Bird dans la cour intérieure de l’école.

L’école 42 a fait naître des vocations

Au-delà de l’aspect gratuit et démocratique de cette collaboration, Nicolas Laugero Lasserre ont voulu organiser une rencontre entre “les œuvres d’art et l’informatique”. Un mariage symbolisé par le buste de Rero qui trône dans le hall de l’école et qui représente le portraitiste de Louis XIV. Son visage est coupé au-dessus des lèvres et surmonté d’un panneau indiquant “loading” (“en chargement”). “C’est très à propos dans l’école, sourit Nicolas Laugero Lasserre. C’est la rencontre entre le monde ancien et le monde d’aujourd’hui.” Dans le même registre, il y a aussi le portrait de Blaise Pascal par l’artiste Kouka, affiché sur les murs du cluster du rez-de-chaussée. C’est un double clin d’œil, non seulement à la figure qui trônait sur les billets de 500 francs mais aussi à celui qui a inventé la machine à calculer et est donc l’ancêtre de tous les étudiants présents.

En faisant le tour de l’école, force est de constater que six mois après la Nuit Blanche, cette rencontre entre le code et l’art continue de faire des étincelles. En attestent les petits groupes attendant la visite du mardi dans le hall et surtout l’enthousiasme des étudiants de l’école 42 lorsqu’on évoque avec eux les œuvres qui habillent les murs. Plusieurs d’entre eux sont devenus médiateurs et organisent, avec les élèves de l’ICART, les visites hebdomadaires.

Nicolas Laugero Lasserre, qui a lui-même commencé sa collection à leur âge et avec très peu de moyens, peut se vanter d’avoir fait naître des vocations de collectionneurs. Douglas, élève de l’école et amateur de street art, nous explique ainsi avoir commencé à acheter des sérigraphies des artistes exposés sur les murs. “Je ne connaissais rien en art, explique Nicolas, un autre étudiant croisé dans le cluster. Découvrir tout cela, ça a été une expérience géniale”. Il a même rêvé qu’il achetait une œuvre dans une galerie. Un autre étudiant, qui fait habituellement les visites, nous parle avec passion de Zevs et commence à nous dérouler ses anecdotes préférées sur les artistes exposés dans la salle de pause où nous le retrouvons.

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MADAME, Pour être sûre de ne plus me retrouver, 2016 © Lignel Photographe Baptiste

Il faut dire que l’enthousiasme de Nicolas Laugero Lasserre est communicatif. Et voir qu’Art 42 a pris cette ampleur auprès des étudiants lui apporte une satisfaction toute particulière. “Je viens de zéro, et me dire que j’ai contribué à ces vocations, c’est incroyable, explique-t-il. Cela me conforte dans l’idée que l’intérêt pour l’art ne doit pas être limité à des questions d’argent. Ici, ce qui est important c’est le partage.”

À l’avenir, les passerelles entre l’école 42 et Art 42 devraient se multiplier. “Le directeur de l’école Nicolas Sadirak veut créer une filière art et digital”, continue le collectionneur. Une manière de continuer le dialogue entamé il y a six mois. Et qui ne semble pas prêt de s’arrêter.

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