Le lieu d’exposition, inauguré fin mai, est niché dans la rue Quinquampoix. La voûte du vieux bâtiment historique et le mur en briques de son sous-sol apportent une touche mystique et hors du temps à l’exposition ultra-contemporaine présentée en ce moment.

Abel Blimbaum fait visiter le lieu, en s’excusant au passage de quelques endroits qui nécessitent encore un coup de peinture. Cela fait deux ans que ce passionné à la retraite, qui a tout appris de l’art en prenant des cours à l’École du Louvre, porte ce projet. Avec son associé René Kandelman, il a passé des mois à chercher une idée pour encourager la création contemporaine. Collectionneur à ses heures perdues, il affirme ne pas acheter « dans un but spéculatif », mais « pour aider les jeunes artistes » et « lancer une discussion. » Abel Blimbaum balaie Koons et ses semblables d’un revers de la main. Ce qui l’intéresse, ce sont les créateurs émergents, ceux qui ne sont pas représentés par une galerie et qui doivent se contenter d’un coin de table dans leurs appartements pour faire vivre leur art.

Quelque chose de nouveau

Il y a deux ans, les deux associés décident donc de leur dédier un lieu. « Je me suis d’abord dit que je voulais offrir aux artistes un espace afin qu’ils puissent exposer leur travail », se souvient Abel Blimbaum. Il réfléchit à toutes les formes que pourrait prendre ce projet. « Je voulais faire quelque chose de nouveau, qui n’existe pas » explique-t-il. Il cherche alors à s’éloigner du concept de galerie. Son but ? Offrir une possibilité de réflexion collective à des artistes tout en leur permettant d’avoir un lieu pour montrer et vendre leurs travaux sans intervenir dans l’acte commercial. Arondit prend petit à petit forme. Abel Blimbaum et René Kandelman tracent les contours d’un espace qui réunit des artistes et les invitent à organiser des expositions collectives, pensées en amont autour d’un thème ou d’un sujet. « J’ai remarqué que les artistes avaient tendance à avoir une réflexion individuelle, note Abel Blimbaum. Ce qui m’intéresse, c’est les pousser à une réflexion de groupe et les réunir pour qu’ils aient le temps de réfléchir à la raison pour laquelle ils font de l’art, au sens qu’ils donnent à leur pratique… Et si ça peut faire naître des tendances, des mouvements, alors c’est parfait ! »

Pour les aider dans ce projet, Abel Blimbaum et René Kandelman approchent Romain Semeteys, commissaire d’exposition et responsable de la plateforme Lechassis. Début 2016, il endosse le rôle de directeur artistique et commence à élaborer la programmation du lieu. « Nous avons trois axes, explique Romain Semeteys. Un appel à candidature, qu’on va lancer en septembre prochain, une invitation extérieure à des collectifs d’artistes ou des centres d’art et un partenariat annuel avec une école d’art. » Pour le premier appel à candidature, Arondit a reçu une quarantaine de dossiers. Les trois projets sélectionnés ont été choisis par un comité composé des deux fondateurs, du directeur artistique, d’un collectionneur, d’une chef d’orchestre et d’une professeure de photographie.

Arondit

Vue de l’exposition « Nazdravlje! », commissariat Born And Die, Arondit, Paris ©Rebecca Fanuele

Work in progress

Fin mai, c’est le collectif Born and Die qui a été choisi pour inaugurer l’espace. Ils ont lancé le lieu avec un nom d’exposition prophétique, « Nazdravlje! », un terme serbo-croate qui souhaite la réussite pour un nouveau projet. Près de 250 personnes se sont déplacées pour découvrir ces propositions artistiques, et quelques collectionneurs ont déjà réservé des œuvres.

Pour l’heure, Arondit est encore un work in progress, un laboratoire d’idées où chacun apporte sa réflexion et où chaque retour compte. À l’avenir, les fondateurs aimeraient trouver des financements d’entreprises, organiser des conférences sur des sujets pointus, faire visiter des ateliers d’artistes… Ce ne sont pas les idées qui leurs manquent. Ils veulent surtout sortir du système et essayer de changer la donne. « Arondit veut avant tout être un espace d’art, et non une galerie marchande, car nous ne prenons aucun pourcentage sur les ventes » résume Romain Semeteys. « On n’a aucun tabou, aucun interdit, explique Abel Blimbaum. On veut juste que ce lieu soit pertinent, intéressant, et surtout ne pas faire la même chose que les autres. » En espérant apporter un nouveau souffle à la création contemporaine.

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