En 2002, le musée des Beaux-Arts de Lyon organisait une exposition du travail d’Alfred Sisley et déplorait déjà que son œuvre “occupe un rang relativement en retrait” par rapport à celle d’impressionnistes plus célèbres. Pissarro avait beau expliquer au début du 20ème siècle à Henri Matisse que Sisley était bel et bien “le plus impressionniste des impressionnistes” , il occupe une place moins importante dans l’histoire de l’art que Monet ou Renoir.

“Sisley l’impressionniste”. C’est avec ce titre simple que l’hôtel de Caumont à Aix-en-Provence a décidé de replacer Sisley au cœur du célèbre mouvement pictural, lui qui en fut l’un des membres fondateurs. Jusqu’au 15 octobre prochain, une soixantaine d’œuvres sont réunies dans une grande exposition organisée par Culturespaces et le Bruce Museum de Greenwich (Connecticut). Certaines n’ont jamais été montrées au public et proviennent de collections privées. “Les critiques le considèrent en général comme un peintre réservé et peu démonstratif dont l’art harmonieux s’est laissé éclipser par ses collègues extravagants” explique la commissaire de l’exposition MaryAnne Stevens. Elle loue pourtant un “type d’impressionnisme manifestement personnel”, qui développe “sa propre sensibilité pour les lieux”. “Peintre des ciels”, Alfred Sisley a documenté précisément les endroits où il a vécu, avec une sensibilité et un usage des couleurs particulièrement surprenants. Tout au long de l’exposition, il fait voyager le visiteur le long de la Seine, au cœur de Londres, devant l’église gothique Notre-Dame à Moret ou au cœur de la ville de Sèvres, alors en pleine industrialisation.

Alfred Sisley

Église à Moret, Alfred Sisley (1839-1899) 1893, huile sur toile, 55 x 46 cm
Musée Calvet d’Avignon, Don de Joseph Rignault, 1997, Fondation Calvet
© Fondation Calvet

Pour rendre compte de l’évolution de son travail, jusqu’à ses expérimentations plus radicales dans les années 1880, MaryAnne Stevens a imaginé un parcours en huit sections, qui explorent notamment son rapport à la nature, à la Seine, aux lieux où il a vécu, aux saisons, à l’Angleterre de ses ancêtres, aux paysagistes britanniques et à la vie moderne.

L’exposition se penche tout particulièrement sur le rapport de Sisley avec son environnement. Très prolifique (il a peint plus de mille toiles), l’artiste s’intéresse aux phénomènes naturels qu’il observe. La neige qui vient de tomber, les nuages menaçants et les inondations sont tant de manifestations qui le passionnent et qu’il ne cesse de vouloir représenter. “Je commence toujours les toiles par le ciel” explique-t-il. Ce dernier se fait menaçant dans les paysages représentant la crue de la Seine à Port-Marly en 1874.

Dans les années 1880, alors que ses contemporains changent de cap et explorent de nouveaux sujets, il continue à s’intéresser aux paysages. Cela ne veut pas dire qu’il n’expérimente pas. Dans ses toiles, on voit apparaître de nouvelles couleurs et de nouveaux mouvements qui lui permettent d’approcher au plus près de l’essence de chaque saison. À (re)découvrir tout l’été à Aix-en-Provence.

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